(COMPTE RENDU) Autisme et troubles alimentaires

Le 12 décembre dernier, nous étions 22 autour d’un café et de quelques chocolats, afin d’échanger sur ce thème. Le café rencontre portait essentiellement sur l’hyper sélectivité alimentaire chez la personne autiste.  En effet, les fêtes approchent et les plats chargés y sont de coutume! Quoi de plus naturel que d’anticiper le problème.

Pour nous aider à comprendre cette hyper sélectivité, Alexandre KLEIN, adulte avec autisme, était présent et a partagé son expérience avec nous. 

« Mon hyper sélectivité alimentaire n’est pas réglée à l’heure actuelle, mais c’est parce que je n’ai rien fait de particulier pour arranger la situation. Je sais, par contre, que des solutions toutes bêtes existent, même pour les adultes autistes. Je l’ai vu autour de moi. »

Lors du café rencontre, nous avons évoqués plusieurs problématiques: Les plats en sauces (ou mélangés),  les textures, formes et couleurs de certains aliments, et les problèmes de mastications !

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 I. Les plats en sauces (ou mélangés)

La première problématique évoquée était celle-ci. Alexandre était d’ailleurs le premier à dire que les plats en sauces représentaient un problème majeur pour lui (sauf, à la rigueur, pour les spaghettis à la bolognaise).

« Je peux manger uniquement des pâtes natures, sans aucune sauce. Ça ne me pose aucun problème. »

Très souvent, pour une personne autiste, chaque aliment doit avoir sa place dans l’assiette et rien ne doit être mélangé. Cela provoquerait un trop-plein de goûts au même moment et pour une personne autiste avec hyper sensibilité sensorielle, ce serait rédhibitoire!

Une maman propose donc une solution assez simple, qui a très bien fonctionné avec son fils: l’assiette pour enfants avec 3 parties distinctes. (Encore mieux! Certaines assiettes sont même conçues avec des dessins qui permettent de placer les aliments dans leur cases pré dessinées).

« J’ai pris une assiette pour les enfants qui ont 3 parties bien séparées au début,  pour qu’il accepte plusieurs aliments dans une même assiette. Puis, une assiette normale en séparant bien les aliments et maintenant je commence à les mélanger un peu plus. »

Mais avant d’en arriver là, le simple fait de permettre à l’enfant  d’accepter un seul aliment peut être long. C’est une maman qui témoigne de son expérience par mail.

« Pour lui faire découvrir un seul aliment,  par exemple les haricots verts, les quantités devaient être suffisamment minimes pour lui permettre de finir son assiette.
Je restais parfois avec le même aliment durant 1 semaine. Il m’a fallu plusieurs mois avant d’avoir des repas variés sans cris et des portions normales.
Maintenant, cela fait 1 an et demi que j’ai commencé, il ne mange pas encore de tout mais il teste tout, quasiment. »

C’est exactement le même problème qui se pose pour les plats tels que la pizza: plusieurs ingrédients mélangés sur une seule et unique pâte. La encore, il s’agit d’être progressif.

« J’ai remarqué qu’il triait ses aliments et ne mangeait que les merguez présentent sur la pizza. Alors je l’ai laissé faire pendant longtemps, car visiblement il aime la merguez. Ensuite progressivement j’y incluait la pâte a pizza en posant les petits bouts de merguez dessus (un peu comme de minuscules toasts). Et ainsi de suite avec les autres aliments et même schéma pour les autres types de pizzas. Aujourd’hui, il mange volontier de la pizza, mais y laisse la croûte. »

Nous l’aurons compris, tout est une question de progressivité!

II. Les textures et couleurs de certains aliments

Parfois la simple couleur d’un aliment peut être rédhibitoire! Il sera considérer comme un aliment suspect. Mais parfois, c’est aussi l’idée que la personne autiste se fait de l’apparence d’un aliment qui peut être chamboulée. Et là, c’est le drame.

Alexandre nous le dit très clairement :

« Quand j’ai découvert que la carotte pouvait être jaune… Ça a été un sacré chamboulement! Pour moi une carotte c’est orange. Point final. Rien que pour sa couleur non habituelle, je ne gouterai jamais à de la carotte jaune. »

On passe en effet beaucoup de temps à permettre à l’enfant autiste de connaitre l’apparence, le nom, puis le goût et enfin la catégorie (fruit ou légume) d’un aliment, alors il a le temps de se faire sa propre idée « sensorielle » de l’aliment. Si on lui montre autre chose, un aliment « atypique », ça peut provoquer le doute et cela aussi est… Rédhibitoire!

Une maman de Petit Bonheur y est d’ailleurs particulièrement confrontée!

« Mon loulou ne mange que des aliments de couleur claires: riz, purée, blancs de poulet, semoule etc… À part faire le tri dans nos aliments, je ne vois pas d’autres solutions. »

Niveau couleurs, il faut donc des aliments sûr! Mais il existe une autre solution que celle du tri par la couleur. La feinte au colorant!

C’est une éducatrice spécialisée, présente lors du café rencontre qui propose alors d’utiliser des colorants alimentaires. Si la sélectivité est purement visuelle, l’enfant ou l’adulte autiste aura au moins l’occasion de se familiariser avec l’odeur et le goût de l’aliment. Puis progressivement, en estompant, puis en supprimant le colorant alimentaire, il finira par considérer l’aliment comme « sûr ». Mais peut-être vaudrait-il mieux commencer par 1 ou 2 aliments re-colorés au départ, puis diversifier progressivement.

Concernant l’hyper sélectivité liée à la forme des aliments, c’était un phénomène un peu plus rare autour de la table. Mais une maman concernée propose une solution qui a fonctionné pour son fils:

« Mon fils adore les gâteaux et tous les types de fromages. Alors j’ai commencé à lui faire des muffins salés pour qu’il puisse manger des légumes. Le principe était toujours le même: un muffin au légume (un seul légume), avec au coeur un fromage. Au départ le légume était réduit à l’état de purée pour être incorporé à la pâte, puis progressivement c’était des petits morceaux. J’ai souvent répété la recette pour les épinards. Avec la forme familière et rassurante du gâteau ça a été plus facile. »

Concernant les textures, là aussi c’est assez particulier.

Alexandre, par exemple, ne mangera pas de la salade verte car cela lui évoque « du plastique » et certains fruits non plus, car il aura l’impression de manger « du caoutchouc ». 

Certains enfants ou adultes ne vont se nourrir que de liquide (soupe, jus etc…) et d’autres de plats en purée. Là aussi, tout est une question de progression. Votre enfant ne se nourrit que de purée ou de liquide? Très bien, au moins il se nourrit! Alors progressivement, on va commencer à y mettre des nouilles fines, puis du poulet en morceaux (pour les soupes), et à moins mouliner les plats pour qu’ils passent de l’état de purée à celui de plats entiers. 

Une autre maman de Petit Bonheur en parle très bien concernant sa fille de 23 ans, autiste de Haut Niveau:

« F. est passée par une période où elle ne mangeait que de la purée. C’était la seule texture qu’elle acceptait. Petit à petit, je laissais « se perdre » quelques morceaux de légumes ou de viandes dans ses purées, pour qu’elle se familiarise avec une autre texture. Maintenant, je peux dire que F. mange à peu près de tout. »

Cette méthode progressive, c’est tout simplement ce que l’on appelle de la thérapie cognitivo-comportementale. Et sans le savoir, en cherchant des solutions pour vos enfants, vous avez été nombreux à la pratiquer. Les solutions pour l’hyper sélectivité alimentaire de la personne autiste reposent sur la progressivité, mais aussi beaucoup sur l’observation et l’instinct.

III. Les problèmes de mastication

D’autres troubles nécessitent cependant une prise en charge plus approfondie et adaptée. Les troubles praxiques liés à la mastication en font partie!

Certaines personnes autistes vont avoir tendance à trop mastiquer et d’autres pas assez, voire pas du tout (ce qui explique le choix pour les textures molles et liquides).

Alexandre, par exemple mastique beaucoup.

« Je mastique beaucoup et certainement plus qu’une personne non-autiste. J’ai même le réflexe de mastiquer quand je mange du yaourt ou une compote. »

Pour la maman de L. c’est l’opposé. Suite à une opération des dents de sagesse, il ne mange plus que des plats en purée, et semble avoir perdu le réflexe de la mastication. Mélanie, l’orthophoniste qui le suit, nous fait alors part du suivi qu’elle a avec L.

« J’utilise les travaux fais par C. SENEZ, qui est une orthophoniste spécialisée dans la déglutition, pour aider L. Il s’agit de massages de la partie oro-buccale qui visent à désensibiliser. »

Cette prise en charge commence, progressivement à porter ses fruits puisque des améliorations ont été notées pour L. ! Bravo!


Ce café rencontre a été très enrichissant et très productif. Vous avez été nombreux à nous envoyer des mails et messages privés sur les réseaux sociaux pour nous remercier de cet échange. En retour nous vous remercions pour votre réactivité. Vous êtes nombreux également à nous envoyer vos témoignages, ce qui nous permet de vous faire participer, à distance, à nos cafés rencontre. Mais aussi qui permet de ratisser des sujets encore plus larges.

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