LETTRE OUVERTE AUX ENSEIGNANTS , et à toute personne voulant se renseigner sur la scolarité des enfants autistes.

Aujourd’hui, j’ai décidé de partager cette lettre ouverte avec vous. Exaspérée de voir à quel point la GRANDE majorité des enseignants cherchent à tout point à déstabiliser les parents d’enfants autistes, Nelly COROIR, Psychologue et membre d’une association agréée, tire l’alarme de la conscience tout en donnant quelques éléments de réponses!

Quand l’Ecole de la République agira-t-elle vraiment?… 

Après une journée où j’entends des retours d’inquiétudes d’enseignants qui déstabilisent les parents, je ressens le besoin de vous informer, vous les enseignants, de ce qu’est l’autisme et de ce que cela suppose.

Je fais déjà ce travail d’information dans mes conférences gratuites à chaque rentrée en Isère mais comme tout le monde ne peut pas se déplacer je vous écris.

J’ai de la peine lorsque je vois les enseignants se sentir agressés parce qu’ils pensent qu’on attend d’eux qu’ils sachent faire et surtout qu’il réussissent.
Or ce n’est pas la réussite que nous recherchons, mais l’effort, l’effort d’adaptation.
Vous n’êtes pas des spécialistes de l’autisme mais nous oui, vous êtes des spécialistes de la pédagogie, mais nous non.

C’est pour cela que nous voulons (devons) travailler ensemble : vous sur la pédagogie, la vie de la classe, nous sur l’adaptation au handicap.
Si tout est en place, pour le mieux pour l’enfant, il pourra se concentrer sur sa progression.
Mais sa progression n’est pas forcément au rythme de celle des autres et s’il y a besoin d’une orientation scolaire ce ne sera pas un échec.

Ce qui serait un échec se serait de ne pas réussir à rendre clair et rassurant l’environnement et le contenu scolaire pour l’enfant autiste.

L’autisme est un trouble envahissant du développement présent dès la naissance. Il est issu du jeu complexe de la génétique et de la neurologie et ne peut en aucun cas résulter d’une volonté quelconque des parents.
L’autisme se caractérise par une façon de pensée particulière et un manque d’intuition sociale. Il va donc empêcher l’enfant dans sa progression naturelle.

La personne autiste, car oui, l’autisme dure toute la vie, on n’en guérit pas, a besoin d’apprendre toute sa vie par cœur : parler, manger (y compris manger des morceaux), jouer, imiter, avoir des relations avec les autres, savoir pourquoi il devrait apprendre.
La personne autiste apprend par expérience, elle n’est pas câblée pour se projeter et anticiper ce qu’elle n’a pas vécu. C’est pourquoi elle doit d’abord apprendre et ensuite elle comprendra la finalité… par expérience.

L’autisme bouleverse

L’autisme bouleverse la vie de l’enfant mais aussi celui de sa famille : ses frères et sœurs, ses parents, cousins, grand-parents.
Chacun doit apprendre à fonctionner avec cette personne hors norme qui pourtant nous en apprend tellement sur les choses essentielles de la vie.

Avoir un enfant autiste cela veut dire qu’il va falloir apprendre à se battre :

–  se battre au quotidien pour que son enfant fasse les choses les plus simples de la vie : manger, s’endormir, parler ou simplement communiquer,

–  se battre pour qu’il apprenne les compétences scolaires car oui il est capable mais avec ses propres chemins et cet apprentissage stimule sa compréhension du monde dans son ensemble,

–  se battre pour qu’il soit accepté par tous ces gens aimant leur tranquillité mais qui n’ont pas fait exprès d’avoir des enfants ordinaires,

–  se battre pour faire comprendre les particularités de leur enfant car le mot autisme n’est pas une insulte, il caractérise les difficultés de leur enfant et savoir les définir permet de mieux aider l’enfant, mieux le comprendre. Ce n’est pas une honte d’être autiste ou parents d’autiste, c’est une caractéristique. Lorsque l’enfant a des attitudes incompréhensibles par le commun des mortels on l’accuse de faire exprès, d’être fou, méchant, parce que tout le monde est censé savoir se comporter en société. L’ignorer c’est être bête ! Non, l’ignorer c’est avoir un handicap social qui s’appelle autisme. Mieux vaut être autiste que fou.

Alors voici quelques réponses à des phrases entendues dans la bouches d’enseignants :

« Il est autiste il devrait aller en institution spécialisée » :

–  d’abord l’institution spécialisée ne prend pas les enfants en journée durant la petite enfance

–  ensuite, il faut dissocier autisme et handicap mental : les enfants autistes ont souvent une intelligence normale qui leur permet d’accéder aux enseignements de l’école de la République. Ils ont juste besoin qu’on leur dise tout, y compris ce qui vous paraît évident.

–  Le milieu ordinaire est un formidable stimulant pour la progression de l’enfant autiste. Par contre nous sommes d’accord sur le fait que la maîtresse ne pourra rien à elle toute seule, il est indispensable que les parents organisent un suivi à domicile et en cabinet pour stimuler la compréhension de l’enfant.

–  L’enfant autiste a besoin d’apprendre pour comprendre.

« Les parents ne devraient pas avoir de faux espoirs comme ça sur leur enfant, ils ne se rendent pas compte »

–  les parents qui font travailler leur enfant au quotidien et lui enseignent au jour le jour la moindre chose de la vie , se rendent bien compte.

–  Nul ne peut savoir jusqu’où ira l’enfant autiste. Mais en grandissant les limites se définissent. L’enfant autiste peut se révéler tardivement et prendre bien la maternelle jusqu’au CE1 pour exprimer son talent. Par contre, si on ne fait rien il ne se passera rien. Rien ne sert d’attendre qu’il ait envie de s’y mettre, il n’aime pas l’inconnu.

–  Nous devons donc faire et refaire les apprentissages … jusqu’à ce que ça rentre.

–  C’est la vitesse de progression de l’enfant dans les apprentissages qui va nous donner une

idée pronostique.

« Vous vous rendez compte, il s’en est sorti cette année, mais l’an prochain il n’y arrivera jamais ! »

–  c’est à peu près ce qu’on nous dit chaque année.

–  J’ai maintenant nombre d’enfants qui ne devaient pas passer en CP et qui finalement sont arrivés jusqu’en 6ème.

–  À chaque jour suffit sa peine. Nous pilotons à vue, l’enfant autiste peut être tellement étonnant. Sans oublier que la qualité relationnelle avec l’enseignant peut faire des miracles … ou des catastrophes.

–  Ce que nous savons, c’est que nous sommes une équipe attentive, nous ne laisserons pas l’enfant s’enfoncer seul et longtemps. Si l’année tourne mal, il faudra un maximum d’adaptations le temps de pouvoir ré-orienter.

« Si l’enfant autiste apprend avant (à la maison) il risque de s’ennuyer à l’école », suivi de « mais je sers à rien moi en tant qu’enseignant s’il a déjà tout appris à la maison »

–  l’enfant autiste aime pratiquer ce qu’il sait faire et déteste les surprises, la nouveauté. Il sera donc ravi de retrouver à l’école des connaissances acquises dans un cadre individuel.

–  La classe est un haut lieu social, le fait que l’enfant autiste arrive à pratiquer ses connaissances dans cet environnement est le premier challenge de l’école.

–  La maîtresse est la chef de la classe et responsable de la pédagogie qu’elle y pratique. C’est elle qui impulse le programme dans sa classe. Nous, parents et professionnels, nous sommes là pour adapter le contenu au handicap de l’enfant : présentation visualisée, découpée, allégement du graphisme,

–  Nous avons besoin d’anticiper les enseignements pour la maternelle et le début de la primaire. Après, l’enfant rentre dans les rails du rythme scolaire, … ou pas. Quoi qu’il en soit, les apprentissages scolaires rythmés et la vie sociale de l’école stimulent la progression de l’enfant autiste et sa qualité de vie présente et future.

« Mais vous savez moi je n’ai pas choisi d’avoir un enfant autiste dans ma classe »

–  J’avoue que lorsque j’ai entendu ça j’ai cru tomber de ma chaise, même si j’ai bien compris que c’était l’expression d’un grand désarroi.

–  Mettons les choses en perspective : vous n’avez pas choisi mais vous ne l’aurez que pour un an et on ne vous remettra pas en question sur tout ce que vous faites ou ne faites pas avec cet enfant …

« Mais dans ma classe ça ne marche pas comme ça, tous les enfants doivent faire ça, et s’il ne le fait pas il doit retourner dans le niveau en dessous, je ne peux quand même pas faire un programme pour lui »

– cela s’appelle la pédagogie différenciée. Je sais, vous avez 30 élèves, ce n’est pas facile, il n’y a pas que lui en plus. Mais ce n’est pas nous qui faisons les règles, nous les subissons avec vous. Je dis « nous » car je considère que « nous » sommes là, parents et professionnels spécialisés, pour vous aider, vous soutenir, vous éclairer.

« Je demande à l’AVS ne de pas rester avec lui pendant les évaluations, je ne veux pas qu’elle l’aide » (idem avec l’utilisation de l’ordinateur)

–  je répondrai par la loi : loi de 2005 sur le handicap : il faut rétablir les chances de réussite aux examens et concours en utilisant tous les moyens de compensation nécessités par le handicap de l’élève.

–  L’AVS n’est pas une aide, c’est un moyen de compensation. S’il en a besoin durant les cours je ne comprends pas pourquoi il n’en aurait pas besoin durant les évaluations.

« Il n’écrit pas, ne dessine pas, il ne saura jamais lire »

–  contrairement aux ordinaires : chez l’enfant autiste la lecture emmène à l’écriture.

–  Par contre, le graphisme est souvent très coûteux et fragile : l’énergie fournie à écrire grève souvent les capacités de réflexion de l’enfant autiste : il faut donc chercher des moyens de compensation.

« Il ne comprend rien à la phonologie, il ne saura jamais lire ou ne peut que photographier des mots par cœur »

–  j’ai calculé que j’avais seulement 3% des enfants autistes de mon cabinet qui comprenaient la phonologie et du coup pouvaient apprendre à lire à partir de l’analyse du son dans les mots. Les parents n’ont donc rien à compenser à la maison, le travail se fait à l’école, comme pour les autres enfants.

–  Pour les 97% restants: il faut passer par une analyse du son des lettres qui s’associent : c’est ce qu’on appelle la méthode syllabique. Au passage, je peux vous dire que les gestes qui accompagnent le son (par exemple avec Borel Maisonny) aident bien l’enfant à distinguer les sons entre eux. La plupart du temps on fait de la phonologie à l’envers : écris MA et il doit entendre qu’il y a un M et un A. Mais je sais que certaines maîtresses sont étonnées de croiser des enfants autistes qui savent lire et qui n’ont toujours pas de conscience phonologique.

–  L’apprentissage en globale n’arrive pas à une décomposition syllabique chez la personne autiste : il apprend ce qu’il apprend, il n’extrait pas de règles sur la construction du son si on ne le guide pas dans ce sens.

«Déchiffrer ce n’est pas lire, il ne comprend pas ce qu’il lit »

–  patience, lire est déjà un pas de géant vers l’abstraction. D’abord il apprend à lire, ensuite il travaille à comprendre.

–  Je vous rappelle que l’autisme est un handicap social qui empêche la personne autiste dans sa compréhension de l’implicite et fait qu’il ne connaît que ce qu’il a vécu : la lecture est donc souvent l’occasion d’un apprentissage approfondi : vocabulaire, situations sociales, liens implicites.

–  Demander à un enfant autiste de comprendre ce qu’il lit dès la première lecture c’est comme demander à un aveugle de voir. L’aveugle peut se faire une idée du monde par les descriptions qu’on lui fait. L’autiste peut se faire une idée du monde par les explications qu’on lui fait : sinon il voit sans interpréter.

« Son écriture est encore très grossière, il doit s’entraîner, c’est important d’écrire »

–  Nous sommes conscients de l’importance de l’écrit dans l’école mais c’est tellement coûteux pour l’enfant autiste que nous favorisons d’abord les premiers apprentissages avant de nous lancer dans le laborieux apprentissage de l’écriture.

–  Lorsqu’il est en maternelle déjà nous entraînons l’enfant à écrire, former ses lettres et chiffres, faire des lignes et des lignes d’écriture.

–  Ici aussi on peut reprendre le ratio de 3% de réussite d’utilisation de l’écriture en classe : en rapidité, lisibilité et coût.

–  Pour tous les autres, nous préférons les entraîner à utiliser un ordinateur de façon autonome et taper avec leurs dix doigts sans regarder. Cela peut paraître impressionnant mais à énergie égale l’enfant apprendra plus vite à taper sur l’ordinateur qu’à former de belles lettres. Encore un domaine où ce qui vous paraît naturel ne l’est pas du tout pour l’enfant autiste.

–  On peut dire sans trop se tromper qu’il faut un millier d’heures de travail pour un enfant autiste pour écrire de façon assez régulière. Alors qu’il ne lui faudra qu’une centaine d’heures d’entraînement pour taper avec ses dix doigts sans regarder.

–  Enfin, je tiens à vous rassurer, par expérience, l’enfant autiste arrive bien à poser son attention avec l’ordinateur, comme il devrait le faire avec l’écrit.

– Bien sûr, l’ordinateur est préparé pour cela : pas de jeu, pas de correction orthographique, utilisation de « one note », un logiciel qui reproduit l’utilisation d’un classeur sans besoin d’enregistrer tout le temps et souris scan : pour que l’on puisse scanner rapidement tous les documents donnés en classe. On fait une session leçons et une session interro lorsqu’ils sont au collège et devenus de grands malins, et le tour est joué.

« Il est angoissé, il faut qu’il soit suivi par un psy »

–  on parle beaucoup des angoisses des personnes autistes mais il s’agit le plus souvent d’anxiété : un état d’inquiétude lié à une situation précise : le manque d’information, de projection, peuvent faire que la personne autiste s’inquiète. Cette inquiétude peut se manifester de façon très spectaculaire et soudaine. Mais elle peut aussi être calmée très rapidement en donnant l’information manquante à la personne autiste. On peut même l’anticiper en faisant une analyse ensemble et en mettant les informations adaptées en place.

–  La thérapie par la parole ne peut se mettre en place avec l’enfant autiste que vers l’adolescence, quand tout se passe bien. Avant cela, et finalement après aussi, la thérapie la plus efficace est la thérapie cognitive et comportementale : elle est faite d’informations concrètes, d’explications concrètes et d’apprentissages concrets. Elle s’appuie également sur une collaboration active avec l’environnement de l’enfant soit : ses parents et ses enseignants.

–  Enfin, pensez qu’une simple transition peut mettre l’enfant autiste en situation de désarroi : que fait-on (qu’est-ce que j’ai le droit de faire), que va t-on faire ? … En tant que personne ordinaire on pense souvent aux grandes activités de la journée : français, maths, … regroupement, gym, … mais pour l’enfant autiste, ce qu’il se passe entre la fin de son travail et le début du suivant est une vraie énigme : il suffit de lui dire clairement et concrètement ce que l’on attend de lui pour qu’il se sente à son aise dans votre classe. Cela peut prendre l’apparence d’une activité bien repérée pour ces moments avec une consigne du genre « lorsque tu as fini ton travail tu peux faire ça », en plus de son emploi du temps d’activités visualisé.

« Il est fatigable », « il est fatigué, baille et s’allonge sur son bureau »

–  L’enfant autiste est comme tous les enfants : lorsqu’il stimule fortement son cerveau ça le fait bailler, tout simplement.

–  Par ailleurs, si on lui demande régulièrement s’il est fatigué et veut faire une pause, il comprend bien la relation de cause à effet et peut rapidement augmenter ses signes de fatigue pour éviter la tâche. Il suffit de le regarder courir comme un lapin en sortant de la classe pour se rappeler qu’un enfant récupère vite et qu’il ne se fatigue pas comme ça.

–  Par contre, dans les sources de fatigue il y a la sur-adaptation, l’écriture et le bruit : un environnement clair en terme d’informations, un allègement de l’écriture, voire un casque anti-bruit, viennent vite à bout de cette difficulté.

« Dans la cour il ne joue pas avec les autres enfants, il s’énerve tout seul, ou avec les autres, il fait n’importe quoi, … »

–  la cour n’est pas un lieu de repos pour l’enfant autiste. C’est une jungle avec un tas d’enfants qui courent dans tous les sens, des paroles qui s’entrechoquent, des jeux qui commencent comme ci et finissent comme ça, tout est mouvant.

–  L’enfant autiste ne sait pas forcément jouer

–  Le temps de récréation est souvent un temps fatigant pour l’enfant autiste qui doit arriver à décrypter toutes les informations et prendre les bonnes décisions comportementales.

–  Souvent, un temps calme, avec les livres préférés ou jeux préférés, constitue un vrai temps de repos pour l’enfant autiste.

« Il a poussé un autre enfant, il est agressif, … dangereux »

–  l’enfant autiste peut pousser lorsqu’il comprend qu’il aura un échange social avec l’autre enfant en retour, même si vous qualifiez cet échange de négatif.

–  Montrez lui comment faire bien et efficace socialement.

–  L’enfant autiste est aussi souvent la cible de taquineries répétées par les autres enfants, comme lui prendre son chapeau, et il se défend de cette agression physique comme il peut, en repoussant les autres.

« Les parents sont intrusifs, en font trop, on ne devrait pas faire travailler un enfant de maternelle à la maison » « travail ? Non mais rassurez moi ce sont des jeux que vous faites ? » quand l’enseignant ne fait pas un signalement…

–  l’enfant ne sait pas jouer avant de l’avoir appris : alors dans un premier temps c’est un travail, il faut enseigner le jeu, et ensuite, cela peut devenir un plaisir. La personne autiste aime ce qu’elle maîtrise, ce qu’elle réussit.

–  L’enfant autiste ne sait rien intuitivement, il faut donc bien le lui enseigner. Un enfant ordinaire aime naturellement qu’on lui raconte une histoire, apprend naturellement à compter avec un environnement naturellement stimulant, … un enfant autiste a besoin d’apprentissages bien délimités pour saisir l’information.

–  Apprendre c’est répéter : l’enfant autiste a tout simplement besoin de plus de répétitions qu’un enfant ordinaire, il a besoin aussi de quelques adaptations. S’il ne répète pas à la maison ou ne prépare pas une nouveauté à la maison, il sera vite dépassé par ce qu’il se passe en classe.

–  J’ajouterai donc ici, au risque de vous surprendre, que je remets en place chaque parent qui revendique la place de son enfant dans l’école sans faire ces efforts d’enseignement à la maison. La réussite scolaire de l’enfant autiste, autant cognitive que comportementale, ne peut s’envisager sans ce travail hors école. La charge donc aux parents de le faire et/ou de l’organiser, et ce, de façon assez régulière dans la semaine et , durant les vacances, bien sûr. L’enseignant ne peut pas tout à lui tout seul dans sa classe. C’est un grand travail de collaboration.

« Vous savez moi je le considère comme les autres, je ne fais pas de différence »

– et bien c’est bien dommage car en disant ça vous niez son handicap et ses difficultés : il a besoin que vous vous assuriez qu’il ait capté l’information verbale, qu’il ait compris la consigne. Il a souvent besoin qu’on adapte le matériel pour éviter le graphisme. Il a besoin qu’on lui montre le chemin, tout simplement.

« Mais pourquoi les parents s’acharnent-ils à vouloir qu’il soit autiste ? »

–  mais ce n’est pas eux qui le veulent : il est autiste.

–  Ce qu’ils veulent c’est que vous reconnaissiez son handicap pour pouvoir vous adapter à lui et alléger la charge de traitement social de l’information.

« Mais pourquoi les parents en font autant, ils devraient lâcher prise » « vous devriez garder votre rôle de parents » « l’enfant doit apprendre à l’école, c’est mon rôle »

– quand on doit tout enseigner à son enfant (vie quotidienne à la maison et vie sociale), on ne voit pas comment on peut « lâcher prise ». Si l’enfant autiste n’a pas ces enseignements et ces informations adaptées il est comme seul en milieu hostile, il a donc des réactions d’opposition, d’agitation, de colère voire d’apathie … et tout ça parce qu’il ne comprend pas, il a besoin d’un décodeur social.

–  L’entourage doit jouer ce rôle de décodeur social externe.

–  Chaque nouvel enseignement, chaque nouvelle organisation dans la vie quotidienne, rend la vie plus facile, plus apaisée. Pour l’enfant, et pour sa famille.

–  Cela demande du travail mais bien moins que de courir après son enfant, devoir l’apaiser sans cesse.

–  Le rôle d’un parent d’enfant autiste c’est d’enseigner la vie à son enfant et organiser son environnement. Personne ne peut le faire à leur place. C’est un travail à temps plein, dimanches et jours fériés compris.

« Il a le droit de ne rien faire »

– mais il ne sait pas ne rien faire, il n’a pas assez d’imagination pour cela.

« Il ne veut pas faire »

–  peut être qu’il ne comprend pas ce que vous attendez de lui : démarrez avec lui ça peut l’aider à se lancer.

–  Ce qui peut vous paraître simple et habituel peut lui poser problème :

–  choisir par exemple : lui laisser le choix d’apprendre la poésie qu’il souhaite sur 2 ou 3 possibles, peut le tétaniser car il a peur de ne pas faire le bon choix et de le regretter, et il a peur aussi de ne pas faire le choix que vous auriez fait.

–  Inventer la suite de l’histoire à la fin d’un chapitre alors qu’on va lire la suite du livre : idem : il n’acceptera pas l’idée de ne pas écrire la Vraie suite.

« Mais pourquoi vous dite « autiste », « handicap », ça le stigmatise. On peut ne rien dire, ou dire qu’il est différent, … »

–  autiste c’est le mot juste.

–  Différent ce n’est pas faux non plus.

–  L’un comme l’autre cela nécessite une explication : il ne comprend pas naturellement les relations sociales : il peut être maladroit, vexer, faire les choses à l’envers, ne pas entendre un sous-entendu,

–  ne rien dire c’est l’enfoncer : tout le monde se rend compte que ses réactions ne sont pas ordinaires, mieux vaut comprendre pourquoi et savoir qu’il ne le fait pas exprès, mieux vaut savoir qu’il faut lui dire ce qu’il devrait faire plutôt que le gronder.

« Je n’utilise pas tous les outils que vous m’avez donné, il n’en a pas besoin, tout se passe bien dans ma classe »

–  je suis ravie pour vous mais je vous rappelle qu’il est autiste. Si nous avons donné des outils c’est parce qu’il en avait besoin. Chaque outil a une histoire dans le vécu de l’enfant, ce n’est pas un kit de base identique à tous.

–  Ce qu’il faut savoir c’est que pour fonctionner aussi bien que vous le voyez il a besoin de capter toutes les informations dans la salle et passe son temps à se sur-adapter. Il rentre ainsi épuisé à la maison et se met en colère dès son arrivée.

« Pourquoi vous faites des contrats de comportement pour qu’il soit sage en classe et travaille ? Il doit acquérir son métier d’élève pour lui, pas pour vous »

– bien d’accord, mais en attendant de le pratiquer avec aisance cela lui demande beaucoup d’efforts. Et vous savez qu’il n’aime que ce dont il a l’expérience positive. Ce n’est donc qu’en ayant un comportement adapté (parce qu’il est payé par des bons points) qu’il pourra en vivre tous les bénéfices et … plus tard, se passer des bons points.

– L’enfant autiste n’aime rien à priori mais a posteriori. Nous le « payons » avec des bons

points, qui souvent lui donnent droit à des minutes d’ordinateur à la maison, parce que ça le motive à faire ce qu’on lui demande, sinon, il n’en voit pas l’intérêt … social.

« Pourquoi une psychologue se mêle des apprentissages scolaires ? »

–  Parce que la psychologue spécialisée dans l’autisme et les thérapies cognitives et comportementales est une spécialiste du handicap. Son travail est donc d’adapter les outils, les apprentissages, au handicap de l’enfant.

–  Son travail est également d’aider à traduire les façons particulières de penser des personnes autistes : trouver des explications à ses comportements et des aides adaptées pour que l’enfant vive mieux.

–  Je pense sincèrement que les enfants de mon cabinet sont heureux : ils apprennent et comprennent mieux leur environnement. Ils sont félicités pour chaque progrès et chaque effort. Ils se sentent compris, reprennent confiance. Bien sûr, les vicissitudes de la vie créent quelques soubresauts d’humeur mais pris au fur à mesure ils sont vite apaisés.

–  L’enfant est apaisé, peut avoir une vie d’enfant, sa famille vit mieux avec lui. La scolarité de l’enfant autiste, pour être réussie, ne peut pas s’envisager sans une collaboration entre les enseignants, les parents, les conseils des professionnels spécialisés et beaucoup de travail. Il y a des parents qui gèrent bien ce stress du quotidien et d’autres qui sont maladroits, inquiets. Ne leur en voulez pas, ce n’est pas facile, c’est leur vie. Nous, c’est notre travail. C’est difficile de se sentir jugé au quotidien jusque dans ses entrailles, de trembler à chaque fois que la maîtresse vous dit « je peux vous parler ? ». Si les parents sentent que vous cherchez des solutions avec eux ils ne vous en voudront pas de ne pas avoir atteint vos objectifs. Ils savent… eux aussi ont eu des objectifs et ils ont dû les calibrer avec justesse pour les atteindre.

Tout ça pour dire : enseignants, nous sommes avec vous ! Je vous assure que l’on peut faire de belles choses ensemble. Nous savons que l’accueil d’un enfant autiste dans votre classe est difficile. C’est pour cette raison que vous voulons vous aider et travailler aussi en dehors de la classe. Vous verrez, les enfants autistes sont pleins d’enseignements, ils nous font grandir.

Bien cordialement, Nelly Coroir.

Nelly COROIR tient également un site internet: www.nellycoroir.fr

Pour la contacter: nellycoroir@gmail.com

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